Le télégramme 08/06/2012

Equitation

Équitation. Klervi, au nom du père

Klervi Lefèvre, 29 ans, championne d'Europe d'équitation par équipes en 1999, tentera d'accrocher un nouveau podium, à partir d'aujourd'hui, lors des épreuves internationales de course d'endurance, à Corlay (22). Un podium qu'elle dédiera, une nouvelle fois, à son papa, mort il y a neuf ans, au galop sur une plage de Trégastel (22).

Une balade au grand galop, sur le sable chaud. Des sourires. Un soleil qui décline. Des vagues qui s'enroulent de plaisir. Quelques rires. Puis un coeur qui s'arrête. Brusquement. Subitement. C'était en 2003, en bord de mer, à Trégastel(22). Richard Lefèvre, 52 ans, dans un ultime élan, lâchait soudainement les rênes de son destrier, foudroyé par une attaque cardiaque, à quelques encablures de sa fille, Klervi. «Partir sur son cheval, au grand galop sur une plage, c'est la plus belle mort qu'il pouvait souhaiter», raconte-t-elle aujourd'hui.

«Il m'a tout donné»

Cet après-midi de janvier2003, sur la côte églantine, dans ces langueurs océanes où s'écument désormais de douloureux souvenirs, le destin a frappé un cavalier passionné qui, pour sa fille, «a tant donné». La pupille triste mais l'hommage appuyé, elle raconte son histoire. «Mon père, c'était tout pour moi. Il m'a donné de son temps et de son argent pour assouvir ma passion. Il a même refusé de belles propositions financières pour que je garde mon cheval de course. Aujourd'hui, sans lui, je ne serai pas là. Et puis il y a eu cet entraînement, sur la plage... Même s'il se savait fragile du coeur, il voulait se tester avant de s'engager sur une course. Et il est parti, sur son cheval, au grand galop...».

Paradis d'enfance

Neuf ans après, Klervi Lefevre, une «pure bretonne» à l'énergie dévorante, enfourche toujours sa monture et s'est même construit un idéal de vie, avec son mari et sa fille, Cassandra, au sein de sa propre écurie, au lieu-dit Bodervedan, à Silfiac. Dans ce paradis d'enfance, la Perrosienne d'origine, native de Lannion (22), repense à son premier poney et à cette passion pour l'équitation qu'elle transmit très tôt à son père. «Il voulait toujours s'intéresser à ce que faisaient ses filles. Quand il a vu que je me passionnais pour le monde hippique, il s'y est mis également. Quelques années plus tard, c'est lui, d'ailleurs, qui m'a fait découvrir les courses d'endurance», se rappelle la Bretonne aux cheveux clairs qui aujourd'hui, coule, une vie heureuse, «même si le métier prend énormément de temps: c'est du 24h sur 24, et 7 jours sur 7».

La mémoire paternelle

Entre les obligations professionnelles, Klervi prend tout de même le temps de sillonner les compétitions d'endurance, qu'elle n'a donc jamais abandonnées. «Si certains, dans le milieu, ont pu penser que j'allais abandonner l'équitation, c'était mal connaître mon caractère. Je vais toujours au bout des choses. Je suis remontée sur un cheval dans les jours qui ont suivi la mort de mon père. Je concours parce que c'est mon métier mais aussi pour mon papa. Quelques années après sa disparition, j'ai réalisé un podium sur un 120km. Ce podium, c'était le sien», raconte, d'une voix émue, la championne d'Europe jeunes cavaliers en 1999 et médaillée aux 120km à Le Pertre (35), en 2005. Dès aujourd'hui, au départ de l'hippodrome du Petit Paris, à Corlay, avec Mirka de Navarre, Klervi sera une des favorites, sur le parcours international de 102km. Dimanche, elle et Kosmkat, un hongre de sept ans qui concourra pour la première fois à ce niveau, en parcourront120. Des journées d'efforts, durant lesquelles elle espère briller pour rendre un nouvel hommage à son père. «Une course d'endurance, c'est très long. Mais nous n'avons pas vraiment le temps de penser au quotidien, ni d'admirer les paysages: on pense surtout au métabolisme du cheval et à la difficulté du tracé. Mais bien sûr, je penserai encore à mon père sur le final. J'aimerais tant lui dédier un nouveau podium. L'émotion me donne des ailes...».

  • Pierre Bernard